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Le puits de Sainte-Brigitte
Près d'un vieux cimetière, sous un grand frêne, se trouvait une source appelée « Le puits de sainte Brigitte » et tenue pour sacrée pour ses
propriétés minérales et curatives.
Le puits était autrefois très prisé. On l'utilisait comme un miroir afin de connaître le futur et de revoir le
passé. Ceux qui buvaient son eau avant le lever du soleil, au printemps, croyaient qu'il donnait une grande connaissance. Ils l'appelèrent « le puits de la sagesse et de toute guérison
».
Le puits resta sec pendant plusieurs siècles après sa profanation. Puis, lorsque les Chrétiens arrivèrent et que
sainte Bronach fut tuée par des pirates scandinaves à cet endroit fatal, une nouvelle source jaillit du sol.
Ensuite, chaque année, pour l'anniversaire du martyre de sainte Bronach, l'eau se mit à bouillonner, inondant les
prés alentour. Des pèlerins vinrent de partout pour baigner leurs yeux et les parties douloureuses de leur corps, cette eau ayant la réputation de rendre jeune et beau, à condition de le
faire à minuit, la veille de la fête de sainte Bronach.
Il y eut une fois, la veille de cette fête, un grand banquet dans les salons du château Rory afin de célébrer la
victoire du chef Rory MacGuiness. À ce banquet, il y avait une fille appelée Blamha. Aveugle depuis la naissance, elle avait recouvré miraculeusement la vue, il y a deux ans, en baignant
ses yeux dans l'eau du puits.
Toutefois, retrouver la vue l'obligea à se rendre compte de ce qu'elle avait jusque-là ignoré. Elle était laide
et comprit bientôt pourquoi le jeune Rory MacGuiness ne pouvait supporter de la voir, alors qu'elle lui avait, en secret, accordé son amour. Blamha ressentit sa disgrâce encore plus
amèrement cette nuit-là. Elle se lamentait sur son sort lorsque soudain, elle se souvint que c'était la veille de la fête de sainte Bronach et que l'eau du puits pouvait la rendre
belle.
Elle quitta les joyeux salons du château Rory, résolue à implorer la sainte du puits afin que celle-ci lui donne
la beauté ou à défaut, la rende à nouveau aveugle. Pour ce faire, elle s'agenouilla devant le puits et s'apprêta à baigner son visage lorsqu'elle vit, au-dessus du puits, une tablette
lumineuse sur laquelle il était écrit : « Ce n'est pas nécessaire de se tremper le visage dans la source sacrée pour avoir de beaux traits. Sans avoir
recours à cette eau, tu peux néanmoins être jolie car la beauté est, en réalité, l'âme qui brille dans les yeux. Pense à la beauté et admire-la en chaque chose : paysage, visage, fleur.
Contrôle tes émotions, évite d'envier, de jalouser, de te plaindre, de te venger car ce sont les mauvaises pensées qui rendent les gens laids. Façonne ton corps grâce à ton esprit et tu
acquerras de grandes qualités. Si tu agis ainsi, tout le monde t'aimera. »
À mesure que Blamha lisait, les mots s'effacèrent et la tablette disparut.
Elle se leva sans avoir baigné son visage. Ses yeux étincelaient et, sur sa figure, on pouvait lire un immense
plaisir de vivre qui, jusque-là, lui avait été refusé. Le changement était évident. Le démon de la laideur avait laissé la place à la beauté. Dès lors, Blamha vécut comme on lui avait
prédit. Elle devint de plus en plus belle et nombreux furent les prétendants qui demandèrent sa main. Son préféré restait toujours le jeune chef du château Rory et bientôt, il la demanda
en mariage.
(Texte inclus dans Histoire de réfléchir... mais non dans Petites douceurs pour
le cœur)
Pensée de la semaine : La beauté extérieure charme le regard ; la beauté
intérieure charme le coeur.
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