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La langue est la plume du cœur
Après une bataille victorieuse, le roi Abadoulia acquit plusieurs nouveaux prisonniers pour le
servir.
« Ah ! Quel beau groupe que voilà, dit le roi à la reine, comment allons-nous en choisir un parmi eux
pour nous servir ? Ils sont tous également forts et intelligents. »
Le roi fit venir son sage pour lui demander conseil.
« C’est là, en effet, une tâche très délicate, répondit le sage, mais c’est faisable. Observez-les
soigneusement et recherchez les signes suivants : un dont les pieds sont aussi rapides que ceux du guépard, les yeux aussi perçants que ceux d’un faucon et la voix aussi douce que celle
d’un agneau. Et pour mettre à l’épreuve son intelligence, envoyez l’homme au marché acheter quelque chose de bon. Puis renvoyez-le une deuxième fois pour acheter quelque chose de
mauvais. »
Le roi réfléchit aux paroles du sage et fit ce qu’il lui conseillait.
On fit donc savoir aux prisonniers que le roi cherchait quelqu’un pour le servir, lui et sa douce reine. Chacun
voulut être l’élu. Ils se redressèrent donc tous et firent tout ce qu’on leur commandait.
Entre-temps, le roi observa les prisonniers tandis qu’ils travaillaient, marchaient, couraient, parlaient et
mangeaient. Un jour, il remarqua un homme qui se tenait aussi droit qu’une pyramide. Sa démarche était rapide et sûre, son regard, vif. Et lorsqu’il parlait, sa voix était comme le
chuchotement d’un vent chaud.
Le roi fit venir le jeune homme auprès de lui et lui donna quelques pièces d’argent. « Va au marché du
village, commanda-t-il, et achète quelque chose de bon. » Bientôt, le prisonnier revint avec une langue.
« Retourne maintenant au marché et achète quelque chose de mauvais », commanda le roi. Et le jeune
homme revint avec une langue semblable à la première.
« Qu'est-ce que cela veut dire ? demanda le roi avec brusquerie. Quand je t'ai envoyé au marché acheter
quelque chose de bon, tu as acheté une langue. Quand je t'y ai retourné pour acheter quelque chose de mauvais, tu as de nouveau acheté une
langue.
— Oui, Majesté, répondit le prisonnier, c'est ainsi. De la langue vient le bien et de la langue, vient le
mal. Lorsque la langue prononce des paroles de bonté et de justice, rien ne peut lui être comparé, mais lorsque la langue prononce de vils mensonges et des infamies, il n'est rien de
pire. »
Le roi et la reine furent satisfaits. Et à partir de ce jour-là, le jeune homme sage les servit avec joie et
honorabilité.
Dorothy Léon — Revue l'Étoile, mai
1975
(Texte inclus dans Histoire de réfléchir... mais non dans Petites douceurs pour le cœur)
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