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J’entends souvent des femmes, amoureuses d'un homme marié (ou d’un homme déjà engagé dans une autre relation plus
ancienne), se demander (surtout si elles se sentent aimées de cet homme) : « Mais pourquoi, puisqu’il me dit qu’il m’aime, pourquoi ne quitte-t-il par l’autre ? Pourquoi ne
met-il pas fin à cette relation, alors qu'il m'assure qu'il ne se passe plus rien entre lui et elle ? Pourquoi ne prend-il pas la décision de venir vivre à plein temps avec moi, de
s’engager et ainsi de se définir plus clairement, définitivement avec moi. »
Je connais bien sûr des hommes engagés dans une relation tierce, aimants et se sentant aimés par une femme mariée qui pensent et voudraient eux aussi exprimer quelque chose de semblable,
mais ils sont plus rares.
Peut-être faut-il se rappeler deux données essentielles qui semblent être oubliées par les deux protagonistes d'une relation tierce. Ce ne sont pas les mêmes enjeux affectifs qui
caractérisent une relation principale et une relation tierce (j’appelle relation tierce une relation de rencontre, vécue en parallèle avec une relation principale inscrite dans la
durée).
Une relation principale, même quand subsistent des sentiments forts, est surtout nourrie prioritairement par de l'attachement et un vécu commun, une relation tierce s’alimente
essentiellement avec des sentiments, du plaisir et de l'espérance.
Un tout nouveau sentiment d’amour n’a pas de passé. Il surgit à un moment de l’histoire d’un être et se survit à lui-même en étant alimenté par le présent, vivifié par ce qui se passe
dans l'instant de la rencontre et quelques fois par des projections sur l’avenir immédiat.
Un attachement a un double passé : celui lié à la personne (dans le cas d’un homme marié, à sa femme), et celui lié à sa propre histoire autour des personnages significatifs de son
enfance. Ainsi, la plupart des femmes et des hommes qui vivent des relations tierces semblent ignorer que sentiment et attachement ne pèsent pas le même poids, sur le plateau des
décisions à prendre.
Pour la plupart des hommes mariés, le conflit entre sentiments (vers la personne tierce) et attachement (vers la personne principale) apparaît comme insoluble, aussi refusent-ils le plus
souvent de s'y confronter. Et ainsi vont-ils rester, parfois durant des années, à l’intérieur de ce conflit. D'un côté, ils sont capables d'assurer à la relation tierce avec sincérité
« Je t’aime », « J’ai envie de vivre avec toi », « Tu es importante pour moi », …) et de l'autre côté, ils sont susceptibles de témoigner, avec autant de
sincérité silencieuse à la relation principale : « Je ne peux pas te faire souffrir, je ne peux pas te faire ça : te quitter. Je suis attaché à toi, pas seulement par de la
culpabilité, mais par de multiples liens, ramifications, souvenirs, expériences de vie, épreuves, gratitudes et reconnaissances qui me lient si fortement que je ne peux envisager de
rompre sans souffrir, sans avoir le sentiment que c’est moi que je trahis… »
Peut-être aussi l’un ou l’autre de ces hommes mariés pourrait-il dire avec plus de lucidité : « Je suis attaché à l’image que j’ai de moi-même ». « Je ne me vois pas
quittant la femme avec qui j’ai partagé vingt années de ma vie, la mère de mes enfants, celle qui m’a soutenue dans mes études ou mes expériences professionnelles, celle que j’ai fait
avorter tout au début de notre relation, avec qui j’ai perdu un bébé, qui m’a soigné, que j’ai accompagné dans tellement d’épreuves… ».
Cet attachement à l’image de soi-même constitue souvent un lien invisible, si fort, que l'homme va rester avec sa partenaire principale, sans pouvoir se résoudre à la quitter, tout en
voulant garder la relation tierce.
Il faut donc, que celle qui vit une relation tierce, entende qu’elle se trouvera confrontée à tout un champ de forces qui ne lui seront pas favorables. La plupart vont rester dans la
croyance que leur amour, le plaisir des rencontres, l’accord sexuel – souvent exceptionnel – qu’elles ont avec un partenaire engagé ailleurs, sera suffisamment puissant pour modifier les
deux relations en compétition et transformer d'une part la relation tierce en relation principale et la relation principale en éloignement ou rupture…
Cela arrive parfois, mais quand cela se produit cela se fait, la plupart du temps, dans la première année d’une relation. Ensuite, c’est beaucoup plus aléatoire et risqué… pour la
relation tierce. Le risque étant, pour la nouvelle venue de rester coincée dans une relation tierce alors que son désir est d'ouvrir une relation principale, essentielle avec l’homme
qu’elle aime.
Peut-être chacun des protagonistes de la relation tierce, pourrait-il tenter d'entendre en lui, la dimension conflictuelle de ce qui le lie, de ce qui le retient, de ce qu'il attend et
espère et partager tout cela avec l'autre… »
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